Les animaux de compagnie peuvent être sujets à diverses intoxications au quotidien: d'origine biologique, ménagère, alimentaire, médicamenteuse; certaines substances toxiques sont connues des propriétaires et d'autres beaucoup moins. La gravité de l'intoxication dépend de l'espèce (et parfois de la race), du toxique, de la voie d'intoxication, de la dose, de l'état de santé de l'animal et de la durée entre le moment où le toxique est absorbé et celui où le propriétaire s'en rend compte.
Les centres anti-poison français
CAPAE-Ouest
Tel: 02 40 68 77 40
De 8h30 à minuit 7j/7
CNITV-VetAgroSup
Tel: 04 78 87 10 40
De 8h30 à minuit 7j/7
Ces centres répondent de manière gratuite et sont animés par des enseignants-chercheurs, des vétérinaires et des étudiants vétérinaires.
Il est possible de faire une donation pour soutenir leurs actions sur leurs pages respectives.
1/ Intoxications médicamenteuses
Les chiens et chats sont beaucoup plus sensibles à certains médicaments humains que nous. Toute automédication est à éviter absolument (sauf autorisation du vétérinaire) car certaines molécules peuvent être toxiques, voire mortelles; même à très faibles doses!
Les cas les plus fréquents d'intoxication; outre l'administration volontaire par le propriétaire; sont dus au médicament tombé au sol ou alors trouvé (sur la table, dans une boîte) et léché, mâchonné ou avalé.
Les médicaments les plus souvent concernés sont ceux pour la douleur (ibuprofène, aspirine, paracétamol, etc.), les anticoagulants, les traitements pour le cœur et la tension; ceux pour la thyroïde ainsi que les antidépresseurs et les anxiolytiques.
Les symptômes sont variés, en fonction du médicament, de la dose, de la voie d'administration et du temps écoulé; mais également de l'espèce (et parfois de la race): par exemple le paracétamol qui est déjà toxique pour le chien à faible dose l'est encore plus pour le chat qui ne possède pas du tout l'enzyme nécessaire pour le détoxifier.
On retrouve principalement des troubles digestifs (salivation, diarrhées, vomissements, etc.), neurologiques (tremblements, convulsions), une variation des fréquences cardiaque et respiratoire; mais également des symptômes généraux (anorexie, abattement, etc.) et éventuellement une atteinte rénale et/ou hépatique.
Il ne faut jamais essayer de faire vomir l'animal (surtout avec du sel, qui peut également être toxique) ou donner des produits comme le lait (totalement inefficace) ou le charbon (utilisable seulement pour certains toxiques et jusqu'à un certain temps après intoxication) sans l'avis d'un vétérinaire. Pour une exposition externe (cutanée, oculaire) à un toxique on peut rincer l'animal à l'eau claire.
Il faut agir rapidement et avec calme pour prévenir ou limiter les complications:
-En premier lieu il faut essayer de chercher à quel toxique l'animal a pu être exposé, en quelle quantité et de quelle manière (produit avalé, exposition cutanée, etc.).
-Ensuite il faut évaluer l'état actuel de l'animal (manque de tonus, continue ses activités, refuse de manger, etc.) et les éventuelles lésions apparentes.
-Avec les informations en votre possession, appelez rapidement votre vétérinaire, celui de garde ou un Centre Antipoison et expliquez de la manière la plus claire possible la situation.
-Une fois en possession des informations et recommandations nécessaires agissez sans perdre votre calme, autant pour vous que pour votre animal; une prise en charge rapide et efficace permet souvent d'éviter des complications graves.
Dans le cas du paracétamol chez le chat par exemple il suffit de quelques heures de trop avant une prise en charge vétérinaire pour que l'animal décède; et même avec une prise en charge rapide le pronostic reste engagé pendant 3 jours; d'où l'importance de réagir rapidement, de manière précise et sans attendre d'éventuels symptômes dès que l'on suspecte une intoxication.
❗ Le point sur les médicaments vétérinaires ❗
Source importante d'intoxications médicamenteuses, les médicaments vétérinaires doivent être utilisés avec précaution; toute automédication doit être évitée et il ne faut pas hésiter à demander conseil pour l'achat de produits disponibles sans ordonnance. La cause la plus fréquente d'intoxication est l'utilisation de pyréthrinoïdes chez le chat. On retrouve également les cas d'utilisation de molécules à risque chez les chiens mutés MDR 1 (Voir nos fiches sur le chat et le chien concernant ces sujets).
A noter: le fipronil (molécule très largement utilisée en antiparasitaire externe chez les chiens et chats) est toxique pour le lapin. Il peut engendrer des troubles neurologiques sévères et même conduire à la mort de l'animal. Il faut toujours séparer les antiparasitaires et en conserver les boîtes et les notices si plusieurs espèces sont détenues dans un même foyer. En cas d'exposition il faut rincer immédiatement le lapin et contacter le vétérinaire en urgence.
2/ Intoxications alimentaires
De nombreux aliments représentent un danger pour les animaux de compagnie. Les plus fréquents sont listés ici, mais il en existe d'autres.
⚠️ Le plus connu des propriétaires est probablement le chocolat: plus il est concentré en cacao et plus il est dangereux, à cause de la théobromine contenue dans ce dernier. Ainsi le chocolat blanc (quasiment dépourvu de cacao) ne représente théoriquement pas de risque, même s'il est très gras; alors que quelques grammes de chocolat noir peuvent tuer un chien. Le chat est également sensible à la théobromine. L'ingestion de chocolat noir ou au lait demande un avis vétérinaire en urgence (même protocole que pour l'ingestion de médicaments).
⚠️Les alliacées (oignon, ail, poireaux, échalotes, etc.) sont également toxiques pour le chien et le chat, qu'ils soient cuits ou crus. Ils provoquent une destruction des globules rouges du sang. Le chat est plus sensible que le chien (mais certaines races comme l'Akita sont très réceptives également). Attention à ne pas laisser les animaux finir les restes de plats en contenant; mais également aux "vermifuges naturels" à base d'ail, qui représentent donc un risque et ne doivent pas être utilisés.
⚠️Le raisin (frais ou sec) fait également partie des aliments toxiques pour les chiens et chats. Le mécanisme exact de la toxicité n'est pas encore bien connu mais le raisin sec est généralement plus dangereux que le raisin frais à cause de sa concentration plus élevée en principes actifs. La sensibilité individuelle est également variable; ainsi que l'espèce cible (plus souvent les chiens, soit parce que le propriétaire en donne volontairement sans connaître la toxicité; soit parce qu'ils volent une grappe ou des raisins secs qu'ils semblent apprécier). Les premiers signes digestifs apparaissent en quelques heures et l'intoxication évolue rapidement vers une défaillance rénale sévère en l'absence de prise en charge vétérinaire. Là encore la consultation est une urgence.
⚠️ L'avocatier contient un composé toxique, la persine. Toutes les parties de la plante sont concernées; des feuilles jusqu'aux fruits. L'intoxication peut donc avoir lieu lors de la consommation de la chair et/ou du noyau de l'avocat, mais également des feuilles de l'avocatier si elles sont mâchonnées (attention en cas de culture de la plante à la maison). La persine est nocive pour la plupart des animaux dont les chiens et chats; mais également et surtout les oiseaux de compagnie chez qui l'ingestion d'une partie de la plante peut provoquer la mort en quelques heures. Il ne faut jamais intégrer d'avocat au régime alimentaire de son animal et il est conseillé d'éloigner les volières des plants, ainsi que de ramasser régulièrement les feuilles et de veiller à ce que chiens et chats ne puissent pas les mâcher.
⚠️ Le chlorure de sodium, sous ses différentes présentations: sel de table, sel régénérant pour lave-vaisselle, sel de déneigement, eau de mer, etc. Le sel en lui même est nécessaire au fonctionnement de l'organisme mais il engendre des intoxications en cas d'absorption importante associée à une faible hydratation. De plus le sel est particulièrement appétent pour les animaux qui n'hésiteront pas à lécher ou mâcher tout ce qui peut en contenir. Attention aux biscuits apéritif laissés sur la table; mais également en hiver à l'exposition au sel de déneigement sur les coussinets (agression cutanée puis absorption si l'animal fait sa toilette; ne pas hésiter à utiliser une lotion tannante avant les sorties et un baume protecteur au retour après avoir nettoyé les pattes) mais aussi en cas de baignade dans de l'eau de mer (risque d'ingestion d'une quantité importante). Les premiers symptômes sont une soif très marquée (laisser de l'eau à volonté à l'animal) et des diarrhées; puis des troubles neurologiques si l'absorption est très importante. Dans ce dernier cas l'évolution est généralement défavorable, il est donc impératif de prévenir le vétérinaire en cas d'ingestion importante.
Attention: Dans certains cas le centre anti-poison ou le vétérinaire peuvent vous demander de faire vomir votre animal en urgence en lui faisant avaler de l'eau salée. Mis à part cette demande expresse de la part d'un professionnel il est formellement déconseillé de prendre l'initiative de le faire vous-même (risque d'aggraver certaines intoxications).
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3/ Produits chimiques domestiques
De nombreux produits ménagers sont potentiellement toxiques pour les animaux. Les plus courants (de manière non-exhaustive) sont les suivants:
⚠️Détergents: Les nettoyants pour les sols et tissus, les savons, liquides-vaisselle, lessives, etc. Ils présentent une toxicité propre relativement réduite (à évaluer cependant en fonction de la composition de chaque produit, les formes hyper-concentrées comme les pastilles pouvant provoquer des ulcères par exemple). Le danger vient de leur pouvoir irritant pour les muqueuses et de la mousse qu'ils produisent: en cas d'ingestion il ne faut jamais tenter de faire vomir l'animal ou lui laisser la possibilité de boire sans l'avis d'un vétérinaire car la mousse produite peut passer dans les voies respiratoires et provoquer une asphyxie.
En cas de contact avec les yeux il faut rincer longuement et de manière rigoureuse pour éviter les ulcérations de la cornée; dans l'idéal au sérum physiologique; à défaut avec de l'eau en bouteille ou de l'eau du robinet.
Attention au cas particulier des détergents acides concentrés (produits détartrants, antirouille, nettoyants pour piscine, etc.) et aux bases fortes (hydroxyde de sodium = soude caustique, hydroxyde de potassium = potasse caustique; ils composent souvent les déboucheurs de canalisation). Ce sont des produits très concentrés qui sont hautement toxiques et corrosifs même à faible dose.
⚠️Eau de Javel: Intoxication relativement fréquente (notamment chez le chat qui est attiré par son odeur); la toxicité dépend de la forme (berlingots de Javel concentrée, bouteille d'eau de Javel diluée, etc.) et les symptômes apparaissent très rapidement après l'intoxication. L'eau de Javel provoque des brûlures chimiques, les symptômes seront donc nausées, vomissements, hypersalivation et abattement en cas d'ingestion; et irritation oculaire en cas de projections externes.
Si l'animal a été atteint aux yeux il faut les rincer rapidement (comme pour les détergents). En cas d'ingestion le risque est d'autant plus grand que le produit était concentré, il faut donc contacter immédiatement un vétérinaire pour lui donner les informations sur le produit et le contexte pour avoir la marche à suivre. Une ingestion d'eau de Javel peut se révéler mortelle si la prise en charge est trop tardive.
⚠️Antigel / Alcool / Hydrocarbures: Les produits antigel contiennent souvent de l'éthylène glycol ou du propylène glycol. Leur goût légèrement sucré est particulièrement attirant pour le chien qui n'hésitera pas à en avaler. Les symptômes sont principalement digestifs mais l'éthylène glycol peut provoquer en plus une insuffisance rénale sévère.
L'alcool éthylique (éthanol) provoque des intoxications à cause de la même attirance vis à vis des produits fermentés ou alcoolisés. Les signes d'intoxication peuvent mettre plusieurs heures à apparaître en fonction de si l'animal était à jeun ou s'il avait mangé au moment de l'ingestion. Des troubles de l'équilibre, une somnolence, des difficultés respiratoires et une paralysie peuvent précéder un coma puis la mort de l'animal.
Les hydrocarbures sont nombreux (carburants, white-spirit, huile de vidange, fioul, etc.); leur toxicité dépend beaucoup de leur volatilité: plus le produit sera volatil, plus il va entrer facilement dans l'organisme et plus les symptômes de l'intoxication seront importants. Ainsi certaines substances vont s'arrêter au niveau de la barrière cutanée et provoquer des brûlures localisées quand d'autres vont la franchir et provoquer des troubles respiratoires et neurologiques pouvant aller jusqu'au coma et à la mort de l'animal. Il faut faire particulièrement attention au white-spirit qui est relativement attractif pour les chats.
⚠️Huiles essentielles: Considérées à tort comme inoffensives car "naturelles", les huiles essentielles sont des cocktails comportant parfois plusieurs dizaines de composés chimiques différents. Les mécanismes de toxicité sont donc variés et dépendent fortement de la voie d'administration. On retrouve en général des troubles digestifs et nerveux, des vomissements, de l'hypersalivation et un état d'abattement.
Les chiens et chats sont beaucoup plus réactifs que les humains aux huiles essentielles et ces dernières ne devraient pas être utilisées sur eux sans l'avis d'un vétérinaire (d'autant plus chez les chats qui y sont plus sensibles que les chiens).
Attention à l'usage ménager des huiles (diffusion ambiante, dilution dans l'eau pour laver le sol, etc.) qui peut provoquer des symptômes importants pendant plusieurs jours.
⚠️Rodonticides ("raticides")/ produits anti limaces/ engrais: Les rodonticides actuellement autorisés en France sont classés en 2 types: les anticoagulants et les dépresseurs du système nerveux central. Les anticoagulants sont de la famille des anti-vitamine K; apparentés à ceux utilisés en médecine humaine. Leur conception fait que l'hémorragie est retardée pour un effet maximum sur le nid; le problème majeur pour les animaux domestiques y étant exposés est donc un décalage (parfois de plusieurs jours) entre l'intoxication et l'apparition des symptômes. Au début l'animal va paraître abattu, puis il peut se mettre à tousser et boîter; on peut constater la présence de traces de sang dans les urines, les selles; de saignements au niveau des gencives. Au stade aigu de l'intoxication une hémorragie interne massive peut conduire au décès de l'animal. Toute suspicion d'intoxication doit faire l'objet d'une prise en charge vétérinaire immédiate, le traitement devra parfois être poursuivi pendant plusieurs semaines pour lutter contre les effets rémanents de l'anticoagulant.
Les dépresseurs du système nerveux sont majoritairement représentés par le chloralose et ses dérivés. Contrairement aux anticoagulants ils ne provoquent pas d'hémorragie mais entraînent hypothermie puis coma mortel chez les rongeurs. Les effets de l'intoxication seront beaucoup plus rapides qu'avec les AVK; on va souvent constater des troubles de l'équilibre, une hypersalivation, une prostration; des tremblements puis le coma. Comme pour les anticoagulants l'intoxication est une urgence vétérinaire. Il faudra dans ce cas précis manipuler doucement l'animal pour éviter des convulsions et essayer de le réchauffer à cause de la chute de température provoquée par le toxique, en attendant d'avoir le vétérinaire.
Les produits anti-limaces sont majoritairement représentés par 3 molécules différentes: le ferramol (phosphate ferrique), le métaldéhyde et le méthiocarbe (mercaptodiméthur). Le ferramol est généralement moins dangereux que les 2 autres et entraîne souvent des troubles digestifs, mais la quantité avalée demande dans tous les cas un avis vétérinaire. Les 2 autres molécules sont beaucoup plus toxiques pour les animaux de compagnie; ils peuvent provoquer convulsions et paralysie respiratoire; l'évolution est généralement moins favorable qu'avec le ferramol. Les propriétaires de chiens doivent être particulièrement vigilants et éviter si possible le métaldéhyde dont le goût légèrement sucré attire ces derniers. De manière générale il vaut mieux éviter d'utiliser des produits anti-limaces en possédant un chien ou un chat et privilégier les solutions naturelles. Si un produit est indispensable le ferramol est la molécule présentant le moins de risques pour les animaux de compagnie.
Les engrais peuvent représenter un danger en fonction de leur composition. La plupart du temps ils ne provoquent que des troubles digestifs transitoires; mais les engrais contenant une part organique importante (apport d'azote sous forme de fumier, sang séché, poudre d'os, etc.) sont très attirants pour les chiens et peuvent provoquer des gastro-entérites mortelles. De même les engrais utilisés pour l'agriculture (et parfois le gazon) contenant de la cyanamide calcique sont beaucoup plus irritants; leur usage est cependant moins courant.
4/ Intoxications par les plantes
Outre les plantes comestibles pour l'humain déjà vues, il existe de nombreuses plantes d'agrément possédant une toxicité plus ou moins forte pour les animaux domestiques. Des listes détaillées avec les plantes incriminées, le risque d'intoxication et les symptômes sont disponibles sur les sites des Centres Anti Poison; nous ne détaillons ici que les principales.
🌿 Les Lys (famille des Liliacées) : Plantes à bulbes cultivées pour leurs fleurs en ornement, les lys présentent une toxicité élevée pour les chats qui sont particulièrement attirés par la plante; et dans une moindre mesure pour les chiens. Toutes les parties de la plante sont toxiques; donc le mâchonnement ou le simple léchage peuvent provoquer une intoxication sévère. Les premiers symptômes sont vomissements et abattement; souvent suivis de troubles digestifs. Chez le chat une insuffisance rénale importante et des troubles neurologiques peuvent apparaître; de faibles quantités sont susceptibles de provoquer la mort de l'animal.
🌿Le muguet (Convallaria majalis) : A l'origine classé dans la famille des Liliacées (d'où son nom anglais "Lily-of-the-valley", le "Lys de la vallée") de même que les lys; toutes les parties du muguet sont toxiques (attention à l'eau dans laquelle le muguet est placé quand il est coupé); la plante séchée conserve également sa toxicité. Le muguet est source d'intoxication pour de nombreux animaux domestiques (chiens et chats mais également NAC comme oiseaux de volière et lapins par exemple). Les premiers symptômes de l'intoxication sont digestifs, puis des signes neurologiques apparaissent (tremblements, convulsion); associés à un état de prostration. Les substances contenues dans le muguet possèdent également une toxicité cardiaque provoquant des troubles du rythme et un ralentissement de la fréquence (observés par le vétérinaire lors de la consultation). L'ingestion (même de faibles quantités) de la plante et/ou de l'eau dans laquelle elle a trempé nécessitent une consultation en urgence pour une prise en charge vétérinaire.
🌿Le Laurier-rose (Nérium oléander): Arbuste cultivé en ornement; la totalité de la plante est toxique pour les chiens et chats, mais également pour les NAC (oiseaux et rongeurs; attention au cobaye qui en apprécie le goût). Les principes actifs toxiques provoquent des effets digestifs, neurologiques et cardiaques. Attention, tout comme le muguet l'eau dans laquelle une partie de la plante a trempé ou la fumée produite par la combustion de cette dernière peuvent également intoxiquer les animaux! Comme les plantes précédentes le laurier-rose est source d'intoxications graves et nécessitant un avis vétérinaire rapide.
A savoir: 3 plantes différentes portent le nom commun de "laurier": Le laurier-rose (Nérium oléander), le laurier-cerise (Prunus laurocerasus) et le laurier dit "sauce" (Laurus nobilis). Le laurier-cerise est un arbuste ornemental que l'on trouve généralement en haies. Les différentes parties de la plante produisent un composé qui se transforme en cyanure et qui est également utilisé en pharmacie humaine. La toxicité est plus importante dans le noyau du fruit que dans sa pulpe donc le danger est moins important si le fruit est avalé tant que le noyau n'est pas altéré. Il faut prendre des précautions avec les herbivores domestiques (chevaux, chèvres, moutons, etc.) et ne pas les laisser accéder aux feuilles qui sont également concentrées en principe actif toxique. Le laurier-sauce est la plante utilisée en cuisine comme condiment. Elle présente cependant une toxicité légère pour les animaux de compagnie à cause des huiles essentielles qu'elle contient; mais elle ne produit en général que des troubles digestifs légers; il faut en effet que l'animal en consomme une quantité suffisante.
🌿Les Cycas (Cycas ssp.): Plusieurs espèces de cycas sont utilisées en plantes d'ornement d'intérieur; parfois en jardin. Leur aspect de petit palmier les rend très attrayants visuellement. Les graines et feuilles sont les parties de la plante les plus fréquemment consommées par les animaux (généralement les chiens). La toxicité élevée des composés contenus dans la plante peut provoquer des lésions importantes du foie et même entraîner la mort de l'animal. Il ne faut jamais laisser les animaux consommer les graines ou mâchonner les feuilles; et toute suspicion d'intoxication est une urgence vétérinaire.
🌿 Les plantes caustiques - irritantes (Dracaena ssp. / Yucca / Sanseveria ssp. / Ficus ssp. / Dieffenbachia ssp. ): Principales plantes ornementales de cette catégorie; elles contiennent des dérivés irritants (oxalates, saponines) ou un latex (substance irritante épaisse produite naturellement par la plante et qui lui sert de moyen de défense). Moins toxiques que les plantes présentées au dessus, elles peuvent cependant provoquer des brûlures graves, tant cutanées que digestives. De plus une exposition oculaire peut entraîner des dommages permanents sur la cornée; et des cas d'insuffisance rénale ont été signalés. Attention donc à ne pas minimiser le risque; il faut veiller à ce que les animaux du foyer ne puissent pas s'attaquer à ces plantes.
Vipera berus
CC BY-SA 3.0, crédit: Zdeněk Fric
5/ Envenimations
Les envenimations sont des motifs de consultation beaucoup plus dépendants des saisons et des lieux de séjour des animaux domestiques mais elles n'en restent pas moins sérieuses et doivent être connues.
🐾 Hyménoptères (Frelons, Guêpes, Abeilles, Bourdons) : Insectes piqueurs venimeux; le danger dépend de la zone piquée, de la quantité de venin injectée et de la sensibilité propre à chaque animal vis à vis du venin (réaction allergique).
Les abeilles et les bourdons ne sont pas naturellement agressifs et les piqures sont généralement une réaction de défense face à ce qu'ils perçoivent comme une agression (animal qui tente d'attraper l'insecte ou qui marche dessus). Le bourdon pique rarement et conserve son dard. L'abeille possède un dard "en harpon". Quand elle pique ce dernier reste fiché dans la peau et arrache en même temps une partie de l'abdomen et la poche à venin de l'abeille; celle-ci meurt donc après une unique piqure. Dans de rares cas et si la peau est assez fine, l'abeille peut réussir à retirer son dard sans en mourir. De même la reine d'une colonie ne possède pas de barbillons sur son dard et peut donc piquer plusieurs fois.
Les guêpes et les frelons sont considérés comme plus agressifs; en effet ils auront tendance à piquer beaucoup plus facilement pour défendre le territoire autour du nid, mais également quand ils sont à la recherche de nourriture. Attention aux guêpes posées sur les aliments en été ou alors aux nids souterrains ! Les guêpes et frelons possèdent un dard lisse et peuvent donc piquer plusieurs fois ,ils n'hésiteront pas à le faire. Contrairement à une idée reçue les piqures de frelons ne sont pas forcément plus dangereuses que celles des guêpes; c'est le nombre de piqures et la possible réaction allergique qui comptent.
En cas de piqure d'abeille il faut tenter de retirer le dard sans presser la poche à venin (attention à ne pas se faire mordre ou griffer, à cause de la douleur l'animal peut réagir de manière imprévue); aidez-vous d'une pince à épiler pour l'extraire délicatement sans appuyer sur la plaie; puis désinfectez avec un antiseptique sans alcool et appliquez pendant quelques minutes une poche de froid pour réduire l'inflammation et la douleur.
En cas de piqure dans la gueule ou sur une zone sensible (muqueuses, proximité des yeux, etc.), de piqures multiples ou de risque de réaction allergique il faut prévenir en urgence le vétérinaire qui administrera le traitement nécessaire.
🐾Crapauds : Les crapauds possèdent un mécanisme passif d'envenimation. En effet ils secrètent un mucus qui contient des toxines et qui leur sert de protection contre les prédateurs. Tant que le mucus n'entre pas en contact avec une lésion cutanée ou une muqueuse il n'y a pas de danger, mais dans le cas contraire l'envenimation peut être grave. Le risque principal concerne l'animal qui attrape un crapaud dans sa gueule; en ce cas il faut immédiatement lui rincer la cavité buccale et contacter le vétérinaire et le centre anti-poison (pensez si vous le pouvez à prendre en photo le crapaud pour identifier l'espèce).
🐾Serpents : En France métropolitaine on retrouve deux grandes "familles" de serpents; les couleuvres et les vipères. Les couleuvres ne sont pas considérées comme dangereuses (même si certaines secrètent une salive contenant des toxines ou possèdent des crochets à venin dans le fond de la gueule comme la couleuvre de Montpellier). Les vipères possèdent des crochets positionnés de manière différente, qui fonctionnent comme des seringues et injectent leur venin de manière perfectionnée. Cependant ce ne sont pas des animaux agressifs, même si l'imaginaire collectif les diabolise beaucoup. Les serpents sont très craintifs et préféreront toujours la fuite quand ils en ont la possibilité; ils ne mordent qu'en dernier recours. Leur venin est une ressource précieuse qui leur sert à chasser et se reconstitue lentement; ils ne l'utilisent pas toujours de manière défensive (il peut y avoir une morsure sans envenimation, dite "blanche").
Il existe de nombreux critères pour différencier une couleuvre d'une vipère mais pour une personne non formée le plus simple à observer est la forme de la pupille. Les vipères possèdent une pupille fendue à la verticale, comme celle des chats; tandis que les couleuvres possèdent une pupille parfaitement ronde comme la nôtre. Attention, ce critère n'est valable que pour les serpents de France métropolitaine! En cas de morsure de serpent (sur un animal ou un humain) essayez de prendre en photo le reptile sans vous mettre en danger; ou, s'il s'est enfui, mémorisez ses caractéristiques physiques: taille des écailles, notamment sur la tête; forme et taille de la queue, forme de la tête. Attention, certaines couleuvres peuvent présenter une tête triangulaire comme les vipères, c'est un mimétisme d'intimidation. De même la taille du serpent et sa couleur ne sont pas des critères absolus dans la mesure où ils peuvent varier d'un spécimen à l'autre. Seul un spécialiste est capable d'identifier sans risque un serpent sans le critère de la pupille.
Quel que soit le serpent à l'origine de la morsure il faudra de toutes façons consulter pour éviter les risques de surinfection (qui sont bien souvent plus courants et graves que ceux de l'envenimation pour les serpents de France métropolitaine).
Les envenimations seront plus fréquentes de Mars à Novembre, ce qui correspond à la période d'activité des vipères. La plupart du temps le serpent aura été dérangé et n'aura pas eu la possibilité de fuir; il arrive aussi que les chiens tentent d'attraper le serpent et se fassent mordre au museau. Il faut porter en urgence l'animal chez un vétérinaire; ne le laissez pas marcher tout seul même s'il en est capable, il faut le laisser au repos pour limiter la diffusion du venin. Les dispositifs "d'aspiration" sont inutiles (pas d'efficacité démontrée sur les envenimations; de plus le venin est diffusé dans la circulation sanguine quasiment immédiatement après la morsure) et réduisent indirectement les chances de survie en retardant la prise en charge et en donnant un faux sentiment de sécurité; ils ne devraient pas être utilisés, de même chez l'humain. Il ne faut pas non plus inciser la plaie ou la cautériser (inutile et douloureux) ni poser de garrot.